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Comment Pigment a dépassé des géants vieux de 20 ans

Quand Nicolas Marchais, CEO de Phacet, reçoit Édouard Beaucourt, Head of EMEA de Pigment. Une question s’impose très vite : comment une entreprise fondée en 2019 a-t-elle réussi à s’imposer sur un marché dominé par des acteurs installés depuis parfois plus de vingt ans ?

Date de publication :

09.12.2025

Pour Édouard, la réponse commence par un paradoxe.

« L’élaboration budgétaire et le business planning sont probablement parmi les premiers sujets qui ont été outillés en entreprise. Et paradoxalement, pendant vingt ans, il ne s’est pas passé grand-chose. »

Pendant deux décennies, la planification est restée un pilier critique de l’entreprise, mais figé dans des architectures pensées pour un autre monde. Pigment s’est construit précisément dans cet angle mort.

Un marché ancien, mais technologiquement bloqué

Les outils historiques de business planning ont été conçus à une époque où les contraintes techniques étaient radicalement différentes. Bases relationnelles, cubes multidimensionnels, serveurs de reporting lourds.

Édouard résume cette réalité avec une image parlante.

« Ce sont des architectures qui ont été fabriquées au moment où toi ou moi, on utilisait encore un BlackBerry. »

Ces solutions ont résisté dans le temps, mais au prix d’une dette structurelle importante. Même modernisées en surface, leur cœur reste contraint par des choix faits il y a vingt ou trente ans.

« Tu peux les mettre dans le cloud, les containeriser, mais le cœur du logiciel reste très prismé par cette genèse-là. »

C’est précisément cette genèse que Pigment n’a pas eue à porter.

Naître au bon moment, avec la bonne architecture

Pigment est créé en 2019, dans un contexte radicalement différent. Le cloud est mature, les plateformes data sont devenues centrales, et l’IA commence à s’imposer comme un levier opérationnel.

« Notre acte de naissance a été totalement inscrit dans l’écosystème technologique actuel. Celui du cloud, de l’élasticité et de l’IA. »

Ce point est fondamental. Là où les acteurs historiques doivent composer avec leur legacy, Pigment peut penser dès le départ une plateforme capable d’absorber de nouveaux usages sans rupture.

« Ce n’est pas qu’on a de meilleurs ingénieurs. C’est que les choix d’architecture faits dès le départ nous rendent beaucoup plus compatibles avec ce qui arrive. »

Cette compatibilité va devenir un avantage décisif avec l’arrivée successive du machine learning, des LLM, puis des agents.

De la finance à la planification globale de l’entreprise

À l’origine, Pigment adresse un besoin classique : décliner un plan stratégique en budgets financiers, les réviser, les comparer au réel.

Mais très vite, la plateforme s’étend à d’autres dimensions de l’entreprise.

« Historiquement, on faisait surtout de la planification financière. Aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus élastique. »

Pigment couvre désormais le P&L, l’OPEX, le CAPEX, le cash flow, mais aussi des sujets beaucoup plus opérationnels comme la masse salariale, la planification des compétences, la logistique, le demand planning ou encore le pilotage des ventes.

« La planification n’est pas qu’un sujet financier. C’est un sujet d’entreprise. »

Cette approche transverse prépare le terrain pour une intégration plus profonde de l’IA.

Une intégration progressive et pragmatique de l’IA

Chez Pigment, l’IA n’est pas arrivée d’un coup. Elle s’est intégrée par vagues successives, au rythme de cas d’usage concrets.

D’abord le machine learning.

« Le machine learning nous a permis de faire de la projection sur des données empiriques, de la saisonnalité, et aussi de la classification, par exemple pour la consolidation de gestion. »

Puis les LLM, intégrés très tôt dès 2022.

« Les LLM ont permis de créer des assistants de recherche, de documentation et d’explication très rapidement. »

Pour Édouard, la clé est le contexte.

« Je crois beaucoup aux LLM quand ils sont mis dans le contexte des données, des règles de calcul et des règles de gestion. »

Enfin, Pigment passe un cap supplémentaire avec les agents.

Des agents pour accélérer le time to value

Aujourd’hui, Pigment ne parle plus seulement d’IA, mais de workforce digitale.

« Nos clients sont déjà en production avec des agents qui les aident sur des tâches répétitives, complexes et à faible valeur ajoutée. »

L’agent analyste permet par exemple d’automatiser les comparaisons réel-budget, de produire des analyses ou des tableaux de bord en continu.

« Ce qui a vraiment accéléré, c’est le time to value. Des projets qui prenaient deux ans peuvent maintenant se faire en quelques mois. »

D’autres agents viennent compléter cette logique, comme l’agent modélisateur ou l’agent planeur, dédié à la multiplication des scénarios.

« Le nerf de la guerre de la planification, c’est le nombre de scénarios que tu peux jouer et rejouer. »

Dans un monde volatil, cette capacité devient stratégique.

Pourquoi les acteurs historiques peinent à suivre

La question est inévitable : pourquoi des acteurs beaucoup plus gros n’arrivent-ils pas à aller aussi vite ?

Pour Édouard, la réponse est structurelle.

« Leur architecture produit a été pensée entre la fin des années 90 et le début des années 2010. »

Même avec des moyens importants, cette genèse limite leur capacité à intégrer rapidement de nouveaux paradigmes.

« On a peut-être des concurrents cinquante fois plus gros que nous, mais on est cinquante fois plus rapides. »

Ce différentiel de vitesse devient un avantage concurrentiel décisif.

Un succès porté par les digital natives et le marché américain

Pigment s’impose d’abord auprès des entreprises digitales natives, en Europe comme en Amérique du Nord.

« Les digitales natives ont été notre premier foyer de succès. Elles vont vite parce qu’elles n’ont pas de legacy. »

Très tôt, Pigment fait le choix d’attaquer le marché américain.

« Tu ne peux pas réussir comme éditeur B2B sans craquer le marché américain, et il faut le faire dès le départ. »

Aujourd’hui, environ un tiers des entreprises du Forbes Cloud 100 utilisent Pigment, preuve de cette traction internationale.

Redonner de la valeur aux métiers

Au-delà de la technologie, Pigment porte une vision claire de l’évolution du travail.

« Un contrôleur de gestion est là pour faire du contrôle de gestion, pas pour écrire des macros Excel. »

L’IA permet de mécaniser la collecte et la consolidation de la donnée pour recentrer les équipes sur l’analyse, la réflexion et la décision.

« On remet en avant la noblesse du métier. On permet aux gens de réfléchir et de créer, pas de collecter et fabriquer. »

Conclusion

Si Pigment a dépassé des géants vieux de vingt ans, ce n’est pas par la taille ni par un discours marketing.

C’est par une architecture pensée dès l’origine pour le cloud et l’IA, une intégration progressive mais concrète de ces technologies, et une compréhension fine des usages métiers.

« Beaucoup parlent. Nous, on ship. »

Dans un monde où la planification doit devenir continue, agile et orientée décision, Pigment illustre ce que peut être une nouvelle génération de logiciels d’entreprise.

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